Mon CV Percutant

Relancer un recruteur après un entretien sans paraître trop insistante

C’était un de ces soirs de mi-novembre où le crachin d’Angers semble s’insinuer jusque sous le parquet de la cuisine. J’étais assise là, fixant mon téléphone comme s’il allait se mettre à vibrer par simple force de volonté. L’entretien pour ce poste d’assistante de direction s’était pourtant bien passé, du moins c’est ce que je m’étais dit en sortant, le cœur léger. Mais après quatre jours de silence, la légèreté s’était transformée en une boule de plomb dans l’estomac. J’avais cette envie viscérale de saisir mon clavier et de demander : « Alors ? Est-ce que c’est bon ? Est-ce que vous m’avez oubliée ? ».

Dans mes anciennes recherches, j’aurais probablement bombardé le recruteur de messages fébriles dès le troisième jour. C’était mon réflexe de survie : combler le vide pour ne pas disparaître. Je me disais que dans un pays où les 35 heures sont la norme hebdomadaire, le recruteur avait forcément eu le temps de prendre une décision. Mais ce soir-là, en regardant mon reflet fatigué dans la vitre, j’ai compris que mon impatience était mon pire ennemi. Relancer n’est pas un acte de désespoir, c’est la suite logique d’une conversation professionnelle, mais encore fallait-il trouver le bon ton.

Le piège du mail de relance "mur de texte"

Le lundi matin suivant, sous une pluie battante qui n’arrangeait rien à mon moral, je me suis installée devant mon ordinateur. J’ai ouvert un brouillon. Au début, j’ai commencé à rédiger une lettre interminable, expliquant à quel point j’étais motivée, pourquoi mes compétences collaient parfaitement, et combien j’attendais leur retour. Puis, je me suis arrêtée net. J’ai revu mon ancien CV, celui que mon amie appelait mon « mur de texte ». Mon mail de relance était en train de devenir exactement la même chose : un bloc indigeste, anxieux, qui ne servait qu’à me rassurer moi-même sans rien apporter à l’autre.

Gros plan de mains au-dessus d'un clavier d'ordinateur portable préparant un email.

Je me souviens de la sensation de mes doigts glacés sur le clavier alors que j’effaçais pour la cinquième fois l’objet de mon mail de relance. Je voulais être présente, mais pas pesante. Je me demandais si le recruteur voyait mon nom s'afficher et levait les yeux au ciel en se disant : « Encore elle ». C’est une petite humiliation que l’on s’inflige à soi-même, cette peur d’être la candidate collante qui ne sait pas lire entre les lignes du silence. En France, le Code du Travail n'impose aucun délai de réponse après un entretien, ce qui nous laisse dans un flou artistique assez angoissant.

J’ai alors décidé de changer de tactique. Au lieu de quémander une réponse, j’ai réfléchi à ce que je pourrais apporter. Durant l’entretien, nous avions brièvement évoqué un logiciel de gestion de planning qu’ils comptaient implanter. Plutôt que de dire « Donnez-moi le job », j’ai écrit : « Suite à notre échange, j’ai repensé à votre projet de transition numérique. J’ai trouvé cet article sur l’optimisation des flux en PME qui pourrait vous intéresser ». C’était court, c’était pro, et surtout, ça prouvait que j’écoutais.

L'agilité comme preuve de professionnalisme

On nous répète souvent qu'il faut attendre une semaine, voire dix jours, avant de relancer. Mais j’ai réalisé que relancer trop rapidement peut paradoxalement prouver votre agilité, à condition d'utiliser ce délai pour apporter une valeur ajoutée concrète plutôt que de simplement demander où en est le dossier. C’est une nuance subtile, mais elle change tout. Si vous envoyez un complément d'information utile 24 ou 48 heures après, vous n'êtes plus celle qui attend, vous êtes celle qui travaille déjà sur le sujet.

C’est un peu comme lorsqu’on cherche à personnaliser sa lettre de motivation pour sortir du lot enfin ; la relance est le prolongement de cette personnalisation. Elle montre que vous n'avez pas juste « passé » un entretien, mais que vous l'avez habité. Ce jour-là, j’ai compris que mon impatience pouvait être transformée en réactivité. Le silence radio de dix jours qui a suivi a été dur, mais je savais que mon dernier message était propre, net, et sans l’odeur de la panique.

Un carnet de notes manuscrites et un stylo sur un bureau blanc avec une plante.

Après dix jours de silence radio, j'ai reçu un appel. Ce n'était pas pour m'annoncer que j'avais le poste, mais pour me dire qu'ils hésitaient encore et appréciaient mon suivi. C'était la première fois qu'une relance ne me donnait pas l'impression d'avoir mendié. J'avais enfin trouvé l'équilibre entre la présence et l'insistance. Pour rester sereine pendant ces périodes creuses, j'ai d'ailleurs dû mettre en place ma méthode pour organiser sa recherche d'emploi et rester motivée, car sans structure, on finit par envoyer des mails de relance à minuit sous le coup de l'angoisse.

La délivrance du début de printemps

Le dénouement est arrivé au début du mois d’avril. Un autre poste, une autre entreprise, mais la même méthode. Cette fois, j’ai relancé après trois jours avec une précision technique sur un point de droit social abordé durant la rencontre. La réponse est tombée dans l'heure : « Merci pour cette précision, c’est exactement l’esprit d’initiative que nous cherchons ». Quelques jours plus tard, je signais ma promesse d'embauche.

En repensant à tout ce chemin, je me dis que la relance est le miroir de notre confiance en nous. Si on relance en ayant peur, ça se sent. Si on relance en étant convaincue que notre profil est une solution à leurs problèmes, cela devient un service qu'on leur rend. On stresse souvent pour la suite, pour cette fameuse période d'essai de 2 mois prévue par l'article L1221-19 du Code du Travail, mais le plus gros du travail de conviction se fait dans ces petits échanges post-entretien.

Si vous êtes actuellement dans cette attente insupportable, fixant votre boîte mail dans votre salon, rappelez-vous que le recruteur est un humain débordé, pas un juge qui cherche à vous punir. Une relance élégante, c'est juste une main tendue pour l'aider à prendre sa décision. Il m'a fallu du temps pour devenir le candidat idéal pour un poste administratif après des refus successifs, et j'ai appris que la différence se joue souvent dans ce dernier petit mail, celui qu'on écrit avec les mains un peu moins tremblantes et la tête bien plus haute.

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