Mon CV Percutant

Relancer un recruteur après un entretien sans paraître trop insistante

Le curseur clignote au milieu d'une phrase à moitié écrite, et j'efface le mot « juste » pour la troisième fois, dans « je voulais juste savoir », parce que ce mot-là sent la candidate qui doute d'elle. Mon écran, jamais bien réglé, m'éblouit un peu dans la pénombre du salon, et la pile de CV imprimés à côté du clavier, corrigés au crayon dans la marge, me rappelle que j'ai déjà survécu à pire qu'un mail de relance. L'entretien pour ce poste d'assistante de direction remonte à quelques jours déjà, et le silence qui a suivi a cette texture particulière qui donne l'impression que toute la recherche d'emploi se joue sur la façon dont on va relancer ce recruteur-là.

Dans mes recherches précédentes, j'aurais probablement bombardé le recruteur de messages dès le lendemain. C'était mon réflexe de survie : combler le vide pour ne pas disparaître de son esprit. Ce soir-là, en fixant mon reflet fatigué dans la vitre noire, j'ai compris que mon impatience restait mon pire adversaire. Relancer n'est pas un acte de désespoir, c'est la suite logique d'une conversation professionnelle, à condition de trouver le bon ton.

Combien de temps attendre avant de relancer un recruteur ?

On entend souvent qu'il faut patienter une semaine, parfois davantage, avant d'envoyer quoi que ce soit. Le vrai repère, pourtant, n'est pas un nombre de jours : c'est ce que vous avez de neuf à dire. Tant qu'il n'y a rien à ajouter, relancer revient à demander qu'on décide plus vite pour vous rassurer, et ça, un recruteur le sent tout de suite. Gauvain, mon voisin de palier, qui parle peu mais remarque à peu près tout, m'a demandé un soir, en se croisant sur le palier, pourquoi je regardais mon téléphone toutes les cinq minutes. Je n'ai pas su répondre grand-chose de cohérent.

Cette attente peut peser autant que le stress du jour de l'entretien lui-même, parfois davantage, puisqu'elle s'étire sans qu'on puisse rien faire pour l'accélérer. Ce n'est pas un hasard si tant de candidats vivent cette phase-là comme la plus dure de toute la recherche d'emploi, bien après que la poignée de main de fin d'entretien soit oubliée.

Le mail à ne jamais envoyer après un entretien

Une amie m'a dit un jour, en parlant de mon CV, qu'il ressemblait à un mur de texte. Elle avait raison, et j'ai mis du temps à l'admettre. Le problème, c'est que sans y prêter attention, on reproduit exactement ce même mur de texte dans un mail de relance : on y explique à quel point on est motivée, pourquoi nos compétences collent parfaitement, combien on attend un retour, un bloc indigeste qui ne sert qu'à se rassurer soi-même sans rien apporter à l'autre personne.

Mains posées sur un clavier d'ordinateur portable en train de rédiger un mail de relance après un entretien d'embauche.

J'avais fait la même erreur, à l'époque, avec mon profil en ligne : j'avais copié mon CV dedans mot pour mot, en pensant que ça ferait gagner du temps à tout le monde. Résultat, personne ne me contactait davantage de ce côté-là non plus. Un mur de texte reste un mur de texte, même affiché sur un écran différent. Refaire un CV quand on a plusieurs années de métier derrière soi pose exactement ce problème : plus l'expérience est longue, plus la tentation d'empiler les lignes est grande, et plus il faut trancher.

Relancer trop vite, un mauvais calcul ?

Relancer rapidement n'est pas le problème, contrairement à ce qu'on répète parfois. Le problème, c'est de relancer sans rien de neuf à dire. Si vous envoyez, 24 ou 48 heures après l'entretien, un complément utile plutôt qu'une simple question sur l'avancement du dossier, vous n'êtes plus celle qui attend une réponse : vous êtes celle qui travaille déjà sur le sujet. C'est une nuance fine, mais elle change complètement la façon dont le message est reçu de l'autre côté.

Durant l'entretien, on avait brièvement évoqué un logiciel de gestion de planning que l'entreprise comptait mettre en place. Plutôt que d'écrire « donnez-moi une réponse », j'ai formulé les choses autrement : « suite à notre échange, j'ai repensé à votre projet, et voici un article qui pourrait vous être utile sur le sujet ». C'était court, professionnel, et surtout, ça prouvait que j'avais écouté pendant l'entretien plutôt que simplement attendu mon tour de parler.

On se dit parfois que le recruteur a forcément eu le temps de trancher, lui qui est soumis comme tout le monde aux 35 heures hebdomadaires. En réalité, un recrutement traîne rarement par mauvaise volonté : il traîne parce qu'un poste administratif dépend souvent de plusieurs personnes qui doivent toutes donner leur avis avant qu'une décision tombe.

Apporter quelque chose plutôt que demander une réponse

C'est un peu comme lorsqu'on cherche à personnaliser sa lettre de motivation pour sortir du lot : la relance est le prolongement naturel de cette même logique. Elle montre qu'on n'a pas simplement « passé » un entretien, mais qu'on l'a réellement habité, qu'on continue d'y penser après coup.

Carnet de notes manuscrites et stylo sur un bureau, pour préparer une relance de candidature réfléchie.

Le bouche-à-oreille et le réseau professionnel jouent aussi leur rôle à ce stade, même si c'est un sujet à part entière, presque une deuxième recherche d'emploi en soi. Pour rester posée pendant ces périodes creuses où rien ne bouge, j'ai fini par mettre en place ma méthode pour organiser sa recherche d'emploi et rester motivée, parce que sans structure, on finit par écrire des mails de relance à minuit sous le coup de l'angoisse.

Le silence qui suit la relance, ça se gère aussi

Gontran, un lecteur qui commente le blog depuis un moment maintenant et qui vit une recherche tout aussi longue à Nantes, m'a écrit récemment pour demander quoi faire quand même la relance reste sans réponse. Il reconnaissait ces silences-là mieux que quiconque, pour les avoir traversés lui aussi, plus d'une fois.

Ma réponse tient en une phrase : on ne relance pas une relance. Si le second message reste sans écho après un délai raisonnable, le silence devient lui-même une information, même si elle est frustrante à recevoir. Continuer à insister à ce stade ne fait que confirmer l'image qu'on essayait justement d'éviter.

Et puis, un jour, le téléphone a fini par sonner, pas pour dire non, mais pour en savoir plus. Pour la première fois depuis le début de cette recherche, une relance ne m'a pas donné l'impression d'avoir mendié quoi que ce soit. On s'inquiète souvent, une fois le poste obtenu, de la période d'essai qui suit, mais l'essentiel de la conviction se joue bien avant, dans ces petits échanges qui suivent l'entretien.

Si vous fixez votre boîte mail depuis le canapé en ce moment même, rappelez-vous qu'un recruteur reste une personne débordée, pas un juge chargé de vous punir. Une relance élégante n'est rien de plus qu'une main tendue pour l'aider à décider. Il m'a fallu du temps pour devenir la candidate idéale pour un poste administratif après plusieurs refus, et la vraie leçon tient en une phrase : la différence se joue rarement dans le premier mail envoyé après l'entretien, mais presque toujours dans le second, celui qu'on écrit une fois l'agacement retombé.

Articles connexes