Mon CV Percutant

Bien choisir ses références professionnelles pour un poste administratif

Il pleuvait à seaux sur Angers ce jour-là, une de ces fins d'après-midi de novembre où la lumière décline avant même qu'on ait fini son café. J'étais assise devant mon écran, le moral en berne après des semaines de silence radio, quand un e-mail a enfin fait vibrer mon téléphone. Ce n'était pas encore une proposition d'embauche, mais une demande : « Pouvez-vous nous fournir trois contacts de référence pour valider votre candidature ? ».

Le choc a été immédiat. Ma petite étude notariale avait été dissoute quelques mois plus tôt, et depuis, je m'étais murée dans ma recherche d'emploi comme dans un bunker. Je n'avais pas parlé à mes anciens collègues depuis l'été. Soudain, l'idée de devoir décrocher mon téléphone pour demander un service à des gens que je n'avais pas vus depuis une éternité me paraissait plus insurmontable que de refaire mon CV au format A4 pour la centième fois. J'avais cette peur viscérale qu'ils m'aient oubliée, ou pire, qu'ils ne se souviennent que de ce dossier de succession égaré pendant deux jours en 2024.

L'erreur de la liste « fantôme »

Au début de mon parcours, juste après la dissolution du cabinet, j'ai fait l'erreur classique. Je balançais des noms sur mon CV sans prévenir personne. Je me disais que c'était une simple formalité, une ligne de plus pour remplir l'espace. C'était l'époque où mon CV était encore un mur de texte indigeste, et je pensais que plus j'en mettais, plus j'avais l'air compétente. Quelle erreur. J'ai compris plus tard que donner les coordonnées de quelqu'un sans son accord, c'est un peu comme inviter un inconnu à dîner chez un ami sans le prévenir : c'est impoli et ça finit souvent mal.

Pire encore, j'ai réalisé que je ne respectais même pas les règles de base de la protection des données. En France, la recommandation de la CNIL est claire : la conservation des données de recrutement ne doit pas excéder 2 ans. En jetant des numéros de portables personnels dans la nature, je mettais mes anciens collaborateurs dans une position inconfortable. Et le résultat ? Les rares fois où un recruteur a vraiment appelé, mes références tombaient des nues. Rien de tel pour couler une candidature que d'avoir un ancien patron qui bafouille : « Ah, Nadia ? Oui, je me rappelle... enfin, je crois. C'était quelle année déjà ? ».

Le saut dans le vide : reprendre contact

Juste avant les fêtes, j'ai décidé de changer de méthode. Il fallait que je sache si ces gens étaient vraiment prêts à me soutenir. Je me souviens d'un mardi matin, mon carnet de notes ouvert sur la table de la cuisine. J'avais le numéro de mon ancien patron de cabinet sous les yeux. J'ai ressenti une boule au ventre que je n'avais pas connue depuis mes premiers entretiens à vingt ans. Le bruit sec du combiné que je repose trois fois avant d'oser composer le numéro de mon ancien chef résonne encore dans ma tête. C'était ridicule, non ? J'avais quarante ans passés, dix ans de maison, et j'avais peur de passer un simple coup de fil.

Quand j'ai enfin eu le courage de rester en ligne, la conversation a été étrangement normale. Mais c'est là que j'ai commis ma deuxième bévue. J'ai réalisé en plein milieu d'un appel de courtoisie que je n'avais pas le bon intitulé de poste pour mon ancienne superviseuse. Je l'appelais « responsable administrative » alors qu'elle avait été promue « directrice des opérations » six mois avant la fermeture. Un grand moment de solitude. On se sent tellement déconnectée quand on est dans le tunnel du chômage. J'ai compris ce jour-là que pour devenir le candidat idéal après des refus, il fallait d'abord être rigoureuse avec son propre passé.

Pourquoi votre chef n'est pas forcément votre meilleure référence

C'est au début du printemps que j'ai eu mon véritable déclic. Je préparais un entretien pour un poste d'assistante de direction dans une PME de la zone de Saint-Serge. En relisant mes notes, j'ai réalisé que mon ancien patron, bien que très sympathique, ne savait absolument pas comment je travaillais au quotidien. Il voyait les documents finis, les contrats signés, mais il n'avait aucune idée de la manière dont je gérais les urgences, les appels conflictuels ou les tableaux de suivi complexes.

Mon conseil, celui que j'aurais aimé recevoir plus tôt : évitez de ne miser que sur vos anciens supérieurs hiérarchiques. Privilégiez vos collaborateurs transversaux. Pour moi, c'était l'ancienne comptable du cabinet. Nous n'avions pas de lien de subordination, mais nous échangions dix fois par jour. Elle savait que j'étais la seule à comprendre son système d'archivage et que je ne lui envoyais jamais de factures incomplètes. Quand un recruteur l'a appelée, elle a pu parler de ma réelle efficacité opérationnelle, de ma patience avec les clients difficiles et de ma précision technique. C'est ça qui rassure un futur employeur, pas juste un « Nadia était une employée ponctuelle » lâché par un directeur lointain.

Construire une liste de références « vivante »

Il y a quelques semaines, j'ai enfin stabilisé ma liste. Elle n'est plus figée sur mon CV. Elle est devenue un document à part que je ne fournis que lorsqu'on me le demande, souvent après avoir réussi le test de compétences pour assistante administrative en entretien. Cela me permet de prévenir mes contacts à chaque fois : « Je viens de passer un entretien, il est possible qu'on t'appelle dans les deux jours. Le poste met l'accent sur la gestion de planning, n'hésite pas à mentionner comment on s'organisait pour les audiences. »

Cette approche a tout changé. Au lieu de subir la prise de références comme un examen de passage stressant, je l'utilise comme un prolongement de mon entretien. Mes références ne sont plus des témoins passifs de mon passé, mais des alliés actifs de mon futur. Elles comblent les zones d'ombre que je n'ai pas pu aborder moi-même. On oublie souvent qu'une prise de référence dure en moyenne 10 à 15 minutes. C'est un temps précieux où quelqu'un d'autre que vous vend vos mérites.

Les détails qui font la différence en administratif

Dans nos métiers de l'ombre, la discrétion est une vertu, mais pour les références, il faut être explicite. Voici ce que j'ai appris à vérifier avant de donner un nom :

Aujourd'hui, alors que l'été s'installe et que mes perspectives sont enfin concrètes, je regarde mon petit carnet avec un sourire. Ce n'est plus une source d'angoisse. J'ai appris que demander une référence, c'est aussi une façon de garder un pied dans le monde professionnel, de se rappeler qu'on a laissé une trace positive quelque part. Ce n'est pas une humiliation, c'est une preuve de confiance partagée. Et si vous avez encore peur de passer ce coup de fil, rappelez-vous que la plupart des gens sont flattés qu'on apprécie assez leur jugement pour en faire des garants de notre carrière. Lancez-vous, le silence est bien plus lourd à porter que n'importe quelle conversation maladroite.

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